Burlesque, ma première fois.

Burlesque, ma première fois.
Showgirl Life

 
 
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Se déshabiller sur scène, pour le première fois.

Je suis artiste burlesque, voici comment tout a commencé.

La vie est faite de premières fois et certaines sont plus marquantes que d’autres. Je me souviens avec beaucoup de détails de mon premier baiser, de mes premiers ébats sexuels, de ma première peine de coeur, de mon premier entretient d’embauche et même de la première fois que j’ai gouté à de la glace au chocolat vegan. Mais il y a une première fois qui a été plus déterminante que les autres en cela qu’elle a été le premier pas, pour moi, vers un autre moi. Mon premier strip-tease sur scène. La première fois que je me suis déshabillé devant un public d’amis et d’inconnus : mon premier effeuillage.

burlesque classique leopart
“Madame leopard” mon premier numéro burlesque.

Raconter une première fois c’est vous permettre de passer la tête par une petite fenêtre, et d’épier, le temps que dure mon récit, les évènements qui ont façonné la personne que je suis aujourd’hui. Je vais donc essayer de vous raconter ce moment sans en changer les détails, ajouter ici plus de suspense, là un rien de romantisme, parfois plus de bravoure que je n’en ai eu réalité.

Nous sommes en décembre 2010 et alors que la pluie s’abat avec violence contre les vitres de ma chambre, je suis assise par terre au milieu de bouts de rubans et de pièces de lingerie. Loin de me douter du triomphe que sera cette soirée, je pleurniche parce que j’ai les pétoches. Mes larmes tombent sur les agrafes à fourrure qui fermeront ce soutien-gorge recouvert d’un tissus imitation léopard du meilleur goût. La panique règne dans ma petite tête, et si la trouille me souffle de me cacher sous ma couette jusqu’à la Saint Glin-glin, j’essaye confusément de me calmer pour relever le défis fou de ce soir. Cette fin d’après-midi reste dans ma mémoire une sorte de flou pas très artistique : aucun souvenir d’ avoir préparé mon sac, prit les transports ou m’être coiffée et maquillée. Ce dont je me souviens par contre très bien c’est d’avoir enduit de maquillage les fesses et l’entre jambe de ma copine Meryl. Cette parenthèse totalement inattendue et un moment presque magique puisqu’il me permet de me détendre avant de monter sur scène, scène où je connaîtrai mon plus grand succès où ma plus grande honte. A cet instant, la question était encore loin d’être tranchée.
Nous sommes un douzaine de femmes à présenter notre premier effeuillage ce soir-là. Nous avons toutes suivi les cours d’effeuillage burlesque de Gentry de Paris, femme d’affaire américaine reconvertie en starlette et lancée à l’assaut de la capitale française. Si l’histoire a déjà oublié son nom, je me souviendrait toujours des moments d’abattement intense ressentis en sortant de chacun de ses cours, de ce regard froid qu’elle posait sur nous, alors qu’elle critiquait sans remord nos idées, nos envies, nos formes, la façon que nous avions de marcher, de sourire, de poser, de retirer nos gants. Bref, si elle était loin d’être Une femme charmante, ses conseils étaient bons et son enseignement exigeant m’a permit d’acquérir des bases d’effeuillage “vintage” plutôt solides. Il m’est aujourd’hui encore impossible de comprendre comment je n’ai pas alors baissé les bras. Mais quel que fut le sentiment qui m’a poussé à continuer cette apprentissage douloureux Jusqu’au spectacle de fin de cycle : rage ou vanité, j’étais bien décidée à monter seule sur scène, et à briller.

Retours à cette soirée, donc. Gentry est comme toujours habillée d’une tenue vintage hors de prix, brille de la tête aux pieds et compense son manque d’assurance en surjouant la féminité sexuelle débridée. Elle relève sa jupe dans un mouvement que je trouve scandaleusement impudique (souvenez-vous que je débutait dans le milieu ) et rattache devant le public composé des proches de ses “protégées”, un bas qui se fait la malle. Mes amis n’ont jamais vu de pinup jouer du porte-jarretelle avant ce jour la et je suis aussi fascinée qu’eux. Ce jeu de séduction spontané reste à ce jour et à mes yeux, son seul exploit scénique.
Elle appelle les jeunes femmes les unes après les autres, par nos noms de scène, nous présente en improvisant une introduction ou en s’aidant de notes que nous lui avons fournis sur nos personnages, nos influences, l’histoire de notre numero de ce soir. Je ne sais plus à quel moment c’est à moi. Suis-je dans les première ou dans les dernière ? Au milieu ou à la fin ? Je me souviens uniquement de la peur quand c’est à moi de monter sur scène. Cette énorme boule qui gonfle dans ma poitrine et qui explose d’un coup, comme ces explosions nucléaires dans les films d’action, quand une espèce de vague balaye tout sur son passage et qu’on n’entend plus rien. Pourtant, je n’ai plus le choix. Mon assurance toute simulée m’a permit d’arriver jusqu’ici et je dois entrer en scène.

athena burlesque leopard first time
Détail de mon premier costume de scène.

Je monte les marches, le public à ma gauche, les instruments du concert qui suit notre show à ma droite. Je sais que je bouge parce que d’un seul coup je me retrouve au milieu de la scène. Heureusement, je commence dos au public et ces quelques secondes de répit seront décisive pour la suite. Elle me permette de sortir de ma stupeur passagère et de prendre une décision :  ne pas me planter, je sens alors mon masque de femme fatale de dessiner sur mon visage. C’est bête mais je me souvient parfaitement du moment où j’ai compris que j’avais les yeux grand comme des soucoupes. Et alors je n’ai pas inspiré, j’ai juste expiré et je ne sais toujours pas d’ou venait l’air que j’avais dans les poumons mais il devait être la depuis un certain temps parce que j’ai eu l’impression de me remettre (enfin !) à respirer.
L’intro commence, jazzy, sensuelle; j’ondule (je crois) et essaye d’être la plus langoureuse possible. Pire moment pour me rendre compte que mes pieds glissent dans mes chaussures à cause de ce collant résilles hors de prix que je suis allée acheter la veille, dans un soucis d’habiller un peu mon popotin. J’ose une oeillade au public, qui réagit aussitôt en criant et en applaudissant ! Le moment “suspense” arrive et je tente quelques coups d’oeil par-dessus mon épaule, essayant d’être la plus mystérieuse possible. Rugissement de la musique, j’ouvre ma robe bleu et dévoile un ensemble léopard, je me sens sexy et sauvage ! La musique accélère et la panique se mêle à l’excitation.

J’ouvre ma robe : instant magique et décisif de ma vie de showgirl !

Je sais que la danse n’est pas mon point fort et c’est toujours le cas. Je suis incapable de coordonner mes mains et mes pieds. Et ce soir là, le soir de ma première fois, je le sais déjà. Après des heures d’entrainement avec des copines, dont une danseuse, j’en ai conclu que je devais trouver un “truc” qui me corresponde et qui ne soit pas de la danse. Très rapidement c’est l’humour qui me caractérisera mais ce soir-là, je n’en suis pas encore la dans ma réflexion. Je ne sais pas bouger, je ne sais pas danser, mes chaussures sont trop grandes et très concrètement je ne sais toujours pas pourquoi je suis la. Mais quand la musique accélère et que la salle toute entière m’acclame et tape des main au rythme de la voix de Ben Toury, je n’ai pas le choix. Mes gestes sont plus saccadés, j’essaye d’être plus énergique, voir encore plus sauvage. Je comprends ce soir la sur scène que c’est l’énergie que l’on envoi qui compte et que le public doit ressentir. Du coup, je donne tout. Je ne suis pas à l’aise sur mes talons trop hauts, je regarde trop souvent mes mains, mes vêtements ne suivent pas avec beaucoup de fluidité… Mais je m’éclate ! Je me laisse porter par la musique, l’énergie de la salle, les applaudissement du public et je ressent presque physiquement leur plaisir, leur excitation. Quand arrive la fin du morceau, alors que se mêlent suspense, mystère et tout de même la certitude que je vais retirer mon soutient-forge, je savoure ce moment, ce pouvoir que j’ai de les faire attendre, encore. Je suis très très fière de mon ouverture de soutient-gorge sur le devant, grâce à une agrafe habilement cachée entre mes seins.

La salle hurle et, ravie, je me pavane, la poitrine seulement habillés des caches-tétons les plus moches de l’univers, moulée dans mon serre-taille, ma culotte en dentelle pudiquement passée par -dessus mon collant résille (Superman sort de ce corps) et j’oubli la galère, les talons, la robe avec son scratch qui ne part pas, le stress, la flippe. Je SAIS que je veux remonter sur scène, que je veux refaire ÇA ! Le plaisir que j’ai donné au public leur joie, les voir s’amuser, kiffer, rire avec les filles, les applaudir, ce moment de partage, de sensualité libre et décomplexée, c’est ça que je veux faire. Une seule fois qui a changé ma vie et a fait de moi Athena Ttention.

Ma première fois restera un souvenir magique.
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2 thoughts on “Burlesque, ma première fois.

  1. Salutations. Tout d’abord, bravo. Pour cette première fois. Et ensuite pour cette plume. Aussi joueuse et glamour que ton personnage d’effeuilleuse. Je te suivais en tant qu’acteur de Cosplay car geek et je vais avoir davantage de plaisir encore a te lire dans ta nouvelle vie. Je n’ai rien a voir avec ce monde la, même si dans mon travail je me met en quelque sorte a nu également puisque mes outils de prédilection sont des lames affûtées… Je suis cuisinier. Et je me souviens également de mon premier repas confectionné seul dans un resto en tant que chef… Cette même peur face a des gestes maintes et maintes fois répétés… Le stress en deux temps… Le premier lors de la cuisine du repas et le second lors du service en lui même… Face a mon public, mes clients… Ce stress est toujours présent malgré les années… Cette peur que ce que je cuisine ne plaise pas… Que je plante un plat. Que l’osmose ne soit pas au rendez vous. Le soulagement lorsque j’interroge certains clients et que leurs réponses me rassurent… Et ce kif. Lorsque c’est le coup de feu, que les bons tombent comme guirlandes, que je ne sais plus où donner de la tête pour garder le rythme mais cette chose qui s’impose à moi… Putain que c’est bon d’être là. Je suis exactement là où je dois être. Dans la chaleur du grill, du four, de la plancha. Le froid des frigos, congelos… En train de mettre les touches finales aux assiettes. Ou lorsque je fais goûter pour la première fois une nouvelle sauce, un nouveau dessert à mes collègues… bref, j’ai beaucoup aimé ton récit. Et si d’aventure tu descends en Ariège un jour, cela me ferait super plaisir que tu viennes goûter a ma cuisine. La bise miss.

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